manuscrit accepté

Votre manuscrit est accepté! Et maintenant?

Vous avez envoyé un manuscrit à un éditeur et après des mois d’attente, vous recevez la bonne nouvelle : celui-ci est enfin accepté! Tout d’abord, félicitations!

Sachant qu’en moyenne, 1% à 5% des manuscrits soumis aux maisons d’édition sont publiés (et que 95% à 99% sont refusés), c’est un bel exploit.

Mais si vous en êtes à votre première expérience avec une maison d’édition, peut-être que vous ignorez ce qui arrivera par la suite. Entre le moment où un éditeur a dit « oui » et celui où le livre aboutit en librairie, comment les choses se passent-elles?

Le processus d’édition

Pour quiconque n’œuvre pas dans le domaine, la production d’un livre peut sembler un peu mystérieuse. Qui travaille sur le manuscrit? Quelles sont les tâches de l’éditeur, de l’auteur? Combien de temps cela prend-il? Qui apporte le livre en librairie?

Autant de questions que les auteurs en herbe peuvent se poser.

Dans ce billet, je dresserai un portrait général du processus d’édition d’un livre. Bien sûr, chaque maison possède sa façon de faire et il y a des différences d’un endroit à l’autre. De plus, chaque projet est unique et le travail à y faire est toujours un peu du « sur mesure ». Mais dans l’ensemble, la manière de fonctionner reste à peu près la même. Les étapes de production changent assez peu. Voici donc, grosso modo, à quoi vous pouvez vous attendre.

Le manuscrit est accepté

Votre texte a été lu par un comité de lecture, puis par l’éditeur (ou le directeur littéraire) et on vous a contacté pour vous annoncer que la maison souhaite le publier.

Et après, qu’est-ce qui se passe?

Tout d’abord, on commence par signer un contrat d’édition. Ce dernier va déterminer, entre autres, la durée de la licence ou de cession de droits, les dates et montants des redevances que l’auteur doit recevoir, les types de droits dérivés couverts, les dates de remise du texte, les délais pour publier le livre, les conditions de résiliation de contrat, les scénarios en cas de mévente, etc.

Parfois, le contrat est envoyé alors que la production du livre est déjà entamée, mais ce n’est pas l’idéal. Il vaut mieux, autant pour l’auteur que pour l’éditeur, que le contrat soit signé avant que l’on commence quoi que ce soit. S’il survient un désaccord, le fait d’avoir un contrat déjà signé permet de protéger les deux partis.

Sachez aussi qu’à partir du moment où le texte est accepté et le contrat signé, cela ne signifie pas que le travail sur votre manuscrit débutera dès le lendemain. Il peut s’écouler plusieurs semaines, voire plusieurs mois entre ce moment et le début de la production. La raison est que les éditeurs ont souvent des calendriers de production bien remplis.

 

1) Le travail éditorial (ou direction littéraire)

Qu’est-ce que c’est?

C’est la première étape du travail effectué sur le manuscrit avant que celui-ci ne devienne un livre. En gros, un éditeur (portant parfois un autre titre) fera une lecture attentive du texte pour relever les défauts et les faiblesses du récit. Bien que l’éditeur puisse corriger la langue, ce n’est pas l’essentiel de son travail.

Le gros de ses tâches consiste à dénicher les problèmes que le roman peut contenir. Cela peut-être au niveau de la structure, du rythme, de la cohérence, des dialogues, des personnages, des péripéties, de la clarté, des enjeux, du réalisme, du message et des valeurs véhiculés, des longueurs, de la finale, etc. Il y a de nombreux aspects à considérer dans un récit. Bref, l’éditeur se concentre surtout sur l’histoire elle-même.

Une fois cela fait, il renvoie le texte annoté et commenté à l’auteur pour que celui-ci puisse en corriger les défauts. Parfois, l’éditeur accompagnera le texte d’un rapport plus général. Cela dit, l’auteur n’a pas nécessairement à être d’accord avec chacune des interventions de l’éditeur. Il y a souvent place à négociation, mais l’auteur ne peut pas tout refuser non plus. Il peut également proposer de nouvelles idées. Le but est de collaborer afin d’arriver à une version du texte qui contente tout le monde.

Qui fait cela?

Tout dépendant de la taille de la maison d’édition, la personne effectuant ce travail porte souvent le titre d’éditeur, de directeur littéraire ou de chargé de projet. Dans les maisons plus grandes, certaines tâches sont faites par plusieurs personnes occupant différents postes (éditeur, directeur littéraire, chargé de projet, assistant éditorial). Dans les maisons plus petites, les employés cumulent souvent plusieurs tâches différentes. Elles ont souvent des formations littéraires ou dans des domaines connexes. Bien que la plupart soient des salariés, certains sont parfois pigistes.

Combien de temps cela prend-il?

Tout dépendant de la taille du texte et du nombre de problèmes rencontrés, entre plusieurs jours et plusieurs semaines.

 

2) La révision linguistique

Qu’est-ce que c’est?

Une fois que le travail éditorial est terminé et que l’auteur et l’éditeur sont parvenus à une version satisfaisante du texte, ce dernier est envoyé en révision linguistique.

À ce moment-là, la majeure partie des corrections seront concentrées sur la langue, c’est-à-dire : l’orthographe; la grammaire; la syntaxe; la ponctuation; la typographie, les anglicismes, les impropriétés, les structures de phrases, les répétitions, les calques de l’anglais, les anacoluthes, etc. Souvent, les réviseurs vérifient aussi les informations factuelles et s’assurent de l’uniformité de divers éléments du texte.

Ensuite, le réviseur retourne le texte à l’éditeur, qui jettera parfois un regard rapide avant de le renvoyer à l’auteur, pour qu’il apporte ou approuve les corrections.

Qui fait cela?

Généralement, il s’agit d’un réviseur linguistique. Ce sont des personnes qui possèdent des connaissances spécialisées et très pointues de la langue. Souvent, elles ont une formation spécifiquement en révision, mais pas toujours. La plupart du temps, elles sont des pigistes qui travaillent pour plusieurs éditeurs différents.

Combien de temps cela prend-il?

Encore une fois, tout dépendant de la taille du texte et du nombre de problèmes rencontrés, entre plusieurs jours et plusieurs semaines.

 

3) La mise en page (ou montage)

Montage

Qu’est-ce que c’est?

Lorsque la révision linguistique est terminée et approuvée tant par l’auteur que par l’éditeur, le texte est prêt à partir à la mise en page. L’éditeur envoie donc le texte (qu’il a préparé au préalable pour le montage) à un graphiste.

À partir de là, le graphiste convertira le texte, à l’aide d’un logiciel prévu à cette fin (Adobe InDesign, par exemple), en format livre. Parfois, il existe déjà des maquettes ou des grilles graphiques qu’il faudra suivre. C’est souvent le cas pour des romans, surtout s’il y a des collections et que le visuel ne doit pas trop changer.

Sinon, le graphiste va choisir la facture visuelle, des nouvelles fontes de caractères, le format des interlignes, le look des titres de chapitres si nécessaire, celui des titres courants, des illustrations ou photos, etc. Il va parfois ajouter des éléments visuels supplémentaires, proposer des idées à l’éditeur et à l’auteur. C’est aussi lui qui fera la couverture. Il devra donc faire la recherche de photo ou d’illustrateur, trouver le style à adopter pour bien représenter le contenu, déterminer les meilleures fontes de caractères, faire du montage photo, etc. À la fin, le tout sera converti en format PDF qui sera destiné à l’impression.

Mais une fois cette étape achevée, le boulot n’est pas terminé.

Qui fait cela?

C’est le travail du graphiste. Généralement, il possède une formation en graphisme ou design graphique. Ces personnes peuvent être des employés ou des pigistes.

Combien de temps cela prend-il?

Tout dépendant de la taille du texte et de la complexité de la mise en page, entre plusieurs jours et plusieurs semaines. Plus il y a d’éléments particuliers dans la mise en page, plus ce sera long.

 

4) Les illustrations (ou les photos)

Illustrations

Qu’est-ce que c’est?

Les illustrations ne sont pas présentes dans tous les livres. On emploie généralement des illustrations dans les romans jeunesse ou les albums. Quant aux livres adultes, certains ont des illustrations sur la couverture alors que d’autres utilisent des photos.

Lorsqu’il y a un illustrateur, ce dernier est choisi soit par l’éditeur, soit par le graphiste (ou un directeur artistique) ou les deux. Parfois, l’auteur participe au choix, mais pas toujours. On sélectionne l’illustrateur selon son style, pour qu’il s’harmonise bien avec le texte. Il signera un contrat avec la maison déterminant combien d’images doivent être fournies, dans quelles conditions (couleurs ou noir et blanc), de quel format, dans quel délai et à quel tarif.

S’il n’y a pas d’illustrations et que l’on choisit une photo pour la couverture, on prend habituellement celles-ci sur des banques de photos où il est possible de payer des droits d’utilisation.

Qui fait cela?

Un illustrateur professionnel, ayant souvent une formation en arts ou même en graphisme, fera généralement les illustrations. Ces personnes sont pratiquement toujours pigistes.

Combien de temps cela prend-il?

Tout dépendant du nombre d’images à fournir et de leur complexité, entre plusieurs jours et plusieurs semaines.

 

5) La correction d’épreuves

Qu’est-ce que c’est?

Les épreuves, ce sont les fichiers du livre en format PDF préparés et montés par le graphiste. Ceux-ci seront éventuellement envoyés à l’imprimeur. Mais attention! Ce n’est pas encore fini. En effet, un nouveau joueur, le correcteur d’épreuves, entrera à son tour dans le processus.

Cette personne fera une ultime lecture pour attraper les dernières fautes (aussi appelées « coquilles ») qui auraient pu échapper aux lecteurs précédents. Bien qu’elle porte attention pratiquement aux mêmes détails que le réviseur, elle n’est pas censée proposer un grand travail de réécriture, mais se concentrer sur l’essentiel. En effet, de grosses modifications, à ce stade, peuvent causer des problèmes au graphiste et à l’éditeur.

Le correcteur va aussi examiner les aspects visuels ou de mise en page des épreuves, comme les titres courants, les folios (numéros de page), les alignements de paragraphes, les alinéas, les marges, l’équilibre des pages (s’il y a des éléments visuels, entre autres) et d’autres éléments typographiques précis.

Qui fait cela?

Généralement, il s’agit d’un correcteur d’épreuves. Comme les réviseurs linguistiques, ces personnes possèdent des connaissances spécialisées et très pointues de la langue. D’ailleurs, certaines effectuent de la révision et de la correction d’épreuves, mais ne font pas ces deux étapes sur le même livre. Elles font l’une ou l’autre. La plupart du temps, elles sont des pigistes qui travaillent pour plusieurs éditeurs différents.

Combien de temps cela prend-il?

Encore une fois, tout dépendant de la taille du texte, du nombre de problèmes rencontrés, mais aussi de la complexité de la mise en page, entre plusieurs jours et plusieurs semaines.

 

6) L’impression

Imprimeur

Qu’est-ce que c’est?

Le livre est enfin prêt à partir chez un imprimeur! Le graphiste va donc lui envoyer les fichiers PDF. Auparavant, l’éditeur a fait des demandes de soumission afin de connaître le coût de l’impression et de choisir quelle quantité d’exemplaires conviendra le mieux. Une fois cela fait, il réserve du temps de presse.  Cela veut dire que l’imprimeur lui garantit qu’une ou plusieurs presses (ainsi que d’autres machines) serviront à imprimer ses livres sur une période prédéterminée et que les livres seronts livrés à une certaine date.

Ensuite, une partie des stocks est livrée chez l’éditeur et l’autre, chez le distributeur.

Qui fait cela?

Les imprimeurs possèdent plusieurs employés, dont, entre autres, des graphistes, des pressiers (employés responsables des presses), des journaliers, des opérateurs, des représentants.

Combien de temps cela prend-il?

Tout dépendant de différents facteurs comme la longueur du livre, la présence ou non d’images, la présence de couleur à l’intérieur, le type de reliure, les options supplémentaires à l’intérieur ou sur la couverture, la quantité d’exemplaires à imprimer, cela prend entre deux et quatre semaines environ si on imprime dans le même pays. Si on imprime à l’étranger, cela peut prendre plusieurs mois.

 

7) La distribution et la vente

Le livre est maintenant imprimé et livré chez un distributeur. Ce dernier s’occupera tout d’abord, alors que le livre n’est pas encore terminé, de rencontrer des libraires et commerces. Cela, dans le but de les convaincre de prendre le livre en consigne (car ils peuvent retourner les invendus à l’éditeur après un certain temps). Après, le distributeur se charge de l’entreposage des livres et de leur livraison auprès des différents points de vente (librairies, magasins à grande surface, pharmacies, épiceries, magasins spécialisés, etc.).

Qui fait cela?

Le distributeur possède généralement une équipe de représentants qui assurent le premier contact avec les commerces. Ensuite, il a des commis en entrepôt et des personnes aux départements des ventes, qui assurent le suivi avec les différents commerces et détaillants.

Combien de temps cela prend-il?

La livraison du premier tirage prendra habituellement quelques jours, jusqu’à parfois deux semaines environ.

Et c’est fini!

La production est terminée, votre livre est enfin en librairie! Voilà donc, en gros, à quoi vous pouvez vous attendre lorsque votre manuscrit est accepté. Vous comprendrez donc, avec toutes ces étapes, que le processus prenne plusieurs mois. Donc, il vous faudra être patient.

Mais l’attente en vaut la peine, car tenir son livre dans ses mains, c’est toujours une expérience incroyable!

Bonne publication!

 

Crédit photo: Image 1: jcomp, Freepik; Image 2, 3, 6: Evelyne Gauthier; Image 4: Adobe; Image 5: fabrikasimf, Freepik; Image 7: bearfotos, Freepik; Image 8: Jens P. Raak, Pixabay

La publication

Si la vie avait une seconde édition, ah ! Comme je corrigerais les épreuves !

— Oscar Wilde

Ha… la publication. Avouons-le, même si les auteurs écrivent d’abord et avant tout pour eux-mêmes (sinon, ils n’auraient pas de plaisir à le faire), ils écrivent aussi dans le but d’être lus et donc… publiés.

Si certains, comme la poétesse Emily Dickinson qui a caché la majorité de ses textes jusqu’à sa mort, n’y tiennent pas du tout, c’est plutôt rare.

L’auteur a un désir de s’exprimer, de raconter une histoire et souvent, c’est plus fort que lui. Une obsession. Le désir d’être lu, de faire une différence dans la vie des gens peut être fort lui aussi.

Donc, après l’écriture, la publication devient la prochaine étape.

Mais comment faire? Par où commencer?

Rappelons-le, entre 1% et 3% seulement des auteurs qui envoient un manuscrit à des éditeurs sont publiés. De plus en plus, certains se tournent maintenant vers l’auto-édition ou l’édition à compte d’auteur plutôt que l’édition « traditionnelle ». Mais pour plusieurs, cette dernière option est encore celle qui est privilégiée.

Dans ma carrière en maison d’édition, j’ai vu nombre d’écrivains en herbe commettre plusieurs erreurs qui nuisaient beaucoup à leurs chances d’être publiés. Et cela est bien plus commun qu’on pourrait le croire.

Sans aller nécessairement dans le détail, voici quelques conseils qui peuvent vous aider à améliorer vos chances.

1. La qualité de la langue

C’est probablement le péché numéro un. Certains auteurs ne se relisent tout simplement pas. Leur manuscrit est truffé d’erreurs à un point où le texte est pratiquement illisible ou si désagréable à lire qu’on décroche rapidement.

Corrigez votre texte. Faites-le relire par une personne compétente. (Non, votre voisine « forte en français au secondaire » n’entre probablement pas dans cette catégorie.)

2. Bien cibler son éditeur

Une autre faute très répandue. Malheureusement, certains auteurs envoient leur manuscrit à n’importe quelle maison d’édition sans vérifier que ce dernier correspondra à sa ligne éditoriale. Autrement dit : si un éditeur publie du roman jeunesse, ne lui envoyez pas un recueil de poésie. Votre texte sera probablement rejeté très rapidement. Sois dit en passant, vérifiez aussi sous quel format l’éditeur désire recevoir le texte. Certains le veulent en format imprimé, d’autres en version numérique.

3. Lisez beaucoup et soyez au courant

Le nombre de livres publiés est immense et est en nette progression depuis des années. Malheureusement, cela signifie qu’il est difficile de se démarquer. Plusieurs écrivains s’imaginent avoir l’idée du siècle ou, ayant été inspirés par la mode littéraire de l’année, tentent de surfer sur la vague. Hélas, puisque certains se lancent dans l’écriture sans avoir lu ce qu’il y a sur le marché, ils ne font qu’écrire une histoire banale lue des centaines de fois. Bref, certains pensent avoir une idée originale et géniale alors qu’il n’en est rien, ce qui risque fort de les mener à un échec.

 

Il y a bien sûr plusieurs autres notions à savoir avant d’envoyer un texte à un éditeur. Mais celles-ci sont probablement les trois plus importantes qui résument le tout. Et puis, à la fin… armez-vous de patience!